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Collision de galaxies *

La liberté dans l'usage des mots

Collision de galaxies
La liberté dans l'usage des mots

Aujourd'hui, débute une semaine à l'école contre le racisme et l'antisémitisme. La notion de racisme n'est pas des plus claires. Prétendre qu'existent des races humaines est-il du racisme ? Non, vraisemblablement, car le racisme ainsi entendu implique une hiérarchisation des races.

Le dictionnaire classique Littré ne connaît pas le mot, assez récent. Le Littré définit en revanche la race.

Nadine Morano avait déclenché sans le vouloir une polémique en évoquant la "race blanche", ce qui lui a valu l'accusation au moins implicite de racisme... Cette réaction semble inappropriée.

Je pense que le mot "racisme" est mal choisi car le racisme devrait, dans la pureté de la langue, n'évoquer que l'idée de l'existence de plusieurs races au sein d'une espèce. Le racialisme selon certains désignerait au contraire la hiérarchisation opérée entre elles. C'est ce qui explique parfois qu'on fasse cette différence. Pour une fois, notre langue n'est pas assez riche pour suggérer la nuance, racisme et racialisme n'étant au contraire pas toujours distingués. Le Larousse disserte assez longuement à ce sujet. Peu importe le mot cependant : ce qui compte, c'est la chose.

En effet, la question que je vais me poser est la suivante : est-il inutile d'évoquer les différences de races entre les êtres humains ? Si c'est inutile, il convient peut-être de s'en passer, encore que l'art est dit inutile, la poésie est dite inutile, etc. Si c'est utile, c'est un appauvrissement que le faire.

Il faut savoir que le thème des races humaines n'a pas toujours été tabou.
On pourrait penser que le nazisme a constitué un tournant.

Pourtant, le changement a eu lieu plus tard.

La liberté dans l'usage des mots

En effet, par exemple, on lit à l'article 1er de la Constitution (1958) que la « France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Le texte mérite d'être analysé.

Il met sur le même plan origine, race et religion.

Or, il existe plusieurs origines possibles pour une personne.

Exemple : une personne peut être d'origine asiatique parce que ses ancêtres ont vécu en Asie depuis plusieurs générations, parce qu'elle y est née, etc.

De même, toutes n'ont pas la même religion.

Alors, les auteurs de la Constitution n'ont-ils pas pensé que, de même, il y aurait plusieurs races au sein de l'espèce humaine, chacune étant caractérisée par des traits distincts, notamment physiques ?

Exemple : les yeux bridés.

On peut le penser, mais au fond, qu'est-ce que cela change ? Est-ce l'inanité du débat qui a conduit à sa disparition ?

Les différences d’origines, de religions et de races entre les Français semblent constitutionnellement tenues pour avérées, mais le texte suprême de la République prescrit de ne pas en tenir compte pour établir des règles juridiques. Il s’agit d’appliquer alors le principe d’égalité.

Le problème est qu'on devient de plus en plus gêné pour désigner une personne par ses caractéristiques, de peur de tomber sous le coup d'incriminations pénales.

Pouvez-vous, par exemple, dans une agence matrimoniale ou un site de rencontre, publier une annonce en disant que vous ne voulez pas sortir avec un(e) Noir(e), simplement parce que cela ne correspond pas à votre attirance physique ?

A ce sujet, l’article L 225-1 du Code pénal réprime ainsi par exemple "la discrimination fondée sur l’appartenance ou la non appartenance, VRAIE OU SUPPOSEE", à, par exemple, une ethnie, une religion (ce en quoi il protège aussi les athées et agnostiques, par exemple) ou une race. Là encore, il met sur le même plan des notions considérées comme factuelles, avérées : les différences de sexe, de moeurs, d’âge… et de race. Elles peuvent identiquement être vraies ou supposées. A moins de considérer que, dans la liste, certaines ne sont que supposées...
« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

L’article 1er de la Constitution ne fait pas état de l’existence SUPPOSEE de races. Au contraire, il la met sur le même plan que celle des religions ou des origines, qui sont diverses.

Cette interprétation a des fondements rationnels : le fait de mettre race, origine et religion sur le même plan n’est pas neutre, surtout que ce sont les trois seules termes alors envisagés ainsi et au frontiscipe de la norme la plus importante du droit français, celle dont on peut penser qu’elle a été pour le moins travaillée par ses rédacteurs en 1958.

Même à la supposer discutable, un principe essentiel du droit pénal hérité des Lumières et de la Révolution est celui de l’interprétation stricte de la loi pénale : dans le doute, il ne faut pas condamner, il ne faut pas réprimer. Il y a pour le moins un doute favorable à quiconque soutiendrait qu’affirmer la pluralité des races n’est pas interdit puisque supposé même par notre texte juridique le plus fondamental.

La liberté dans l'usage des mots

Alors, pourquoi cette discussion ? Simplement parce que nous sommes de plus en plus gênés aux entournures pour évoquer certains sujets qui ne devraient pas être tabous. Il faut lutter contre le racisme dans la mesure où il signifierait que l'appartenance à une race fait d'un être humain un inférieur par rapport aux autres, mais on ne devrait pas être empêchés de dire par exemple que les tableaux classiques montrent tous des individus de race blanche, tout simplement parce que dire que seule leur couleur est blanche ne suffit pas à rendre compte de leurs spécificités physiques. C'est simplement la richesse de notre langue et de notre pensée qui est en jeu. Dire aussi que dans certains quartiers, on voit peu d'individus de race blanche n'a rien de choquant non plus. Cela permet, sur le plan sociologique, de constater une concentration de population issue d'une immigration plus ou moins récente et donc une absence de mélange entre les populations. Le politiquement correct ne doit pas être source d'appauvrissement car il renoue avec une forme d'obscurantisme.

Seule doit donc être sanctionnée la discrimination raciale. C'est la grandeur de l'homme, quel que soit sa race, qui est en jeu : plus l'homme est libre d'exprimer sa pensée sans nuire à la liberté d'autrui, plus il est grand car plus il s'élève par rapport à l'espèce animale. C'est le propre de l'espèce humaine, de tous les humains...

Il y a aujourd'hui une grande difficulté à penser certains mots jugés, à tort ou à raison, sulfureux :

- homophobie et islamophobie sont ainsi construits avec un même suffixe, issu du grec "phobein", avoir peur. Or, la peur n'est pas en soi un comportement qui doit être puni. Les islamophobes ont peur des conséquences de l'islamisation sur la laïcité, par exemple, quand ils considèrent des revendications communautaristes ; mais les homophobes semblent davantage mus par la haine que par la peur car on ne voit pas de quoi ils peuvent avoir peur. S'ils ont peur des conséquences pour le développement d'un enfant du fait qu'il est élevé par des homosexuels, cette peur doit pouvoir être librement exprimée. Si, en revanche, une personne en injurie une autre parce que sa sexualité est différente de la sienne, ce n'est pas de l'homophobie, c'est autre chose, quelque chose que la langue française n'a pas désigné précisément. C'est simplement une injure, en général. Le mépris pour les homosexuels n'est donc pas à strictement parler de l'homophobie. La peur, en tout état de cause, ne doit pas être punie, pas davantage que le mépris tant qu'il ne s'accompagne pas d'une incitation à commettre une infraction ou de la commission d'une infraction. Il faut donc appeler autrement ceux qui en réalité n'ont pas peur mais discriminent ou commettent des violences pour des raisons illégitimes.

- de même, si le racisme et le racialisme prônent vraiment la supériorité d'une race sur une autre, alors il manque un mot dans la langue française pour désigner la croyance en l'existence d'une pluralité de races au sein de l'espèce humaine, toutes égales néanmoins.

- enfin, je suis opposé à l'idée de circonstances aggravantes en cas d'injure motivée par une différence de race par exemple, précisément en raison de l'égalité entre les êtres humains. Toutes les injures sont aussi graves, quel qu'en soit le motif. Toutes les agressions illégitimes contre une personne sont aussi graves les unes que les autres, qu'elles soient homophobes ou pas, par exemple, là aussi parce que les êtres humains sont égaux en dignité.

La liberté dans l'usage des mots

Je pense donc qu'il faut, de manière générale, cesser de se focaliser sur la notion de race, d'en faire un tabou et, par ailleurs, que chacun doit être libre d'exprimer ses peurs sans tomber sous le coup de la loi pénale. C'est la liberté d'expression et la richesse de l'être humain qui sont en jeu, donc c'est un humanisme qu'il s'agit de préserver.

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