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Collision de galaxies *

La neutralité de l'enseignement secondaire : Déesse Raison, es-tu là ?

Collision de galaxies
La neutralité de l'enseignement secondaire : Déesse Raison, es-tu là ?

Que peut dire un professeur de l’enseignement secondaire ?

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Les professeurs de collège et lycée ne disposent pas de la même liberté de ton que ceux de l’enseignement universitaire. Le principe fondamental, à valeur constitutionnelle, d’indépendance des professeurs d’Université leur confère en effet une liberté de parole assez large. J’ai toujours été surpris, à vrai dire, du fait que soit érigé à un rang constitutionnel un tel principe. On comprend bien que la recherche doit être libre et que la science ne doit pas être instrumentalisée par le pouvoir. Ce principe suppose que la Raison est une déesse républicaine à laquelle la recherche universitaire permet de survivre. Les mauvaises langues diront que le pouvoir politique revient depuis longtemps à des professeurs d’Université, spécialement en droit, qui occupent et ont occupé des postes prestigieux, au Conseil constitutionnel notamment. Ceci n’est peut-être pas étranger à cela. J’ignore si d’autres systèmes constitutionnels ont consacré un tel principe constitutionnel.

Dans l’enseignement secondaire, et a fortiori dans le primaire, la neutralité des enseignants est sanctionnée sur le plan hiérarchique. Un professeur qui livre une appréciation jugée personnelle peut se voir sanctionner pour avoir commis un manquement à ses devoirs.

Je trouve cette dissymétrie regrettable, car je crois que ce que les élèves retiennent le mieux de leur professeur, ce sont précisément ces notes discordantes, qui, en pratique, peuvent exister, quand aucun élève ne répète ce qui a été dit, ou s’il le répète mais que personne ne trouve à y redire. L’enseignant risque cependant de tomber sur un parent d’élève peu conciliant qui suffira à lui causer des tracas. Le professeur de l’enseignement secondaire est donc censé enseigner la doxa, fournir des repères objectifs, c’est-à-dire universellement tenus pour vrais ou à peu près exacts, faute de mieux. Difficile de s’étonner alors du fait que certains élèves s’ennuient mortellement à l’école, car s’il est interdit de créer la moindre polémique, la journée d’un collégien ou d’un lycéen semble mortellement linéaire.

On peut être rassuré en lisant certaines décisions de justice, qui montrent que l’enseignant dispose quand même d’une certaine liberté de ton in fine, si ce n’est qu’il risque de devoir longuement se justifier. Un professeur d’université sera sanctionné par le désaveu de ses étudiants, simplement. Ainsi, j’ai connaissance d’un professeur qui, lors du vote de la loi sur le mariage des personnes de même sexe, avait dit que les analyses juridiques ne suffisaient pas et que l’éthique devait aussi peser dans le débat. De manière excessive, il avait dit que pouvoir se marier avec une personne de même sexe était aussi inconcevable que de se marier avec une chèvre. Sanction : une bonne moitié de l’amphithéâtre habituel avait décidé de déserter son cours. Un professeur du secondaire aurait pu avoir quelques ennuis en revanche s’il avait fait la même chose, mais les juges ne lui reprocheraient peut-être pas son comportement, s’ils étaient aussi compréhensifs que ceux du tribunal administratif de Paris dans une affaire jugée le 26 février 2008. Quoique ! à la réflexion, on peut se demander s'ils n'ont pas donné une réponse de Normand, refusant de désavouer sans approuver pour autant...

Le ministère de l’Éducation nationale avait sanctionné disciplinairement un professeur qui avait dicté à ses élèves de cinquième que Mahomet était un « assassin » ayant « imposé sa religion par la terreur » et « fait exécuter 600 à 900 juifs par jour », au motif qu’il avait « adopté une attitude de provocation, ou commis une maladresse, comportement indigne de la part d’un enseignant ». Le tribunal administratif a cependant annulé la sanction en considérant que la provocation n’était « pas établie ». Implicitement, la décision semble dire que l’islam comporte des aspects violents en évoquant une « maladresse ». Mais alors, en quoi le dire relèverait-il de la « provocation » et d’un « comportement indigne » ? A moins que la maladresse soit jugée indigne d’un professeur, détenteur d’un savoir, donc censé s’être comporté comme un sot, un ignare ? En réalité, le tribunal paraît avoir considéré qu’il ne fallait pas offenser les musulmans en disant du mal de leur prophète, mais, pour le coup, on aurait aimé que la réalité soit établie : s’il a vraiment commis des crimes, pourquoi le cacher ? Les propos du professeur ne semblaient pas dénués de fondement (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tribus_musulmanes_et_juives_de_Yathrib#Le_massacre_des_Banu_Qurayza.2C_an_V ).

Déesse Raison, es-tu là ?

La neutralité de l'enseignement secondaire : Déesse Raison, es-tu là ?

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